Thierry Guelff : Finisher TransGranCanaria ( février 2018)

TransGranCanaria 
128km, 7 500 D+ en 24 heures 50


Le projet de courir la TransGranCanaria est né après la découverte d’un trail de référence en avril 2017, le MIUT (Madeira Island Ultra Trail).
La course se déroule pendant les vacances scolaires de février 2018, ce sera l’occasion de passer une semaine de vacances avec les enfants.
Le prix du vol A/R (110€), Airbnb et le coût de l’inscription contiennent le budget.

Des tracas de santé pénaliseront mon entrainement à la fin 2017, mais cela aura aussi pour effet de renforcer ma détermination.

Pour l’équipement je fais le choix d’un matériel éprouvé ; Peregrine 7, chaussettes Socks, contention cuisses et mollets Compressport, boxer Athena Sport, short de rando avec poche, toujours pratique pour avoir à disposition du petit matériel.
Pour lutter contre le froid un maillot Mizuno Virtual Body et un gilet HG (celui du MIUT), une veste respirante décathlon, des gants chauds avec moufles, un bonnet, des manchons, et un buff.
Pour la chaleur, le maillot de la course, des mitaines pour éviter les ampoules en utilisant les bâtons, des lunettes de soleil et une casquette.
Le sac est un Ultimate Direction où je loge le peu de matériel obligatoire, et des bâtons.
J’emporte quelques grigris remis par ma famille et mes amis.

Pour la nutrition, j’ai décidé de partir léger. 2 gels (je n’en mangerai qu’un), 3 barres de céréales que je mangerai… à l’arrivée.
Les ravitos sur ces grandes courses sont toujours bien achalandés, je ferai des provisions au fur et à mesure.
Seule nouveauté, j’ai une petite gourde de boisson isotonique. Bof.

J’arrive la veille de la course, et repartirai le lendemain. C’est risqué. En cas de problème de vol (grève, mauvaises conditions météo…) je n’arriverai peut-être pas à temps, et reprendre l’avion le lendemain d’une course, les jambes douloureuses repliées pendant de longues heures, ça promet. Je mettrai des bas de contention. Là encore je positive et la rage de vaincre grandit.

C’est jeudi midi sous un ciel lourd que j’atterri sur l’île de Gran Canarie.
Mes enfants m’attendent à l’aéroport. Nous prenons le bus direction la ligne d’arrivée au Sud pour récupérer le dossard dans la TrailZone.
Puis on reprend le bus direction Las Palmas (point de départ de la course le lendemain) ou un coquet logis nous attend.

Je prends contact avec des potes rencontrés à Madère pendant la course l’année dernière et qui prendront le départ demain.
Sébastien, français exilé en Allemagne, Cédric, Basque ‘exilé’ en Haute-Savoie, et Ondra, un tchèque.


Vendredi matin. J’ai passé une bonne nuit. Une visite à l’aquarium Poema del Mar (une merveille) m’a bien détendu.

Déjeuner, sieste, réveil à 16 h, je sors faire un tour.
Là, stupeur. La météo est mauvaise, l’organisation prévient par SMS d’une probable annulation de la course !
Je cours rejoindre la ligne de départ.
De loin je vois le portique à terre.
NOOOONNN !!
En m’approchant, je m’aperçois que les techniciens sont en train de le monter. Je fais un signe de la main, ils me répondent par un grand sourire et un pouce levé. Je pensais refaire une sieste en fin de journée, mais cette anecdote m’a plus réveillé que 36 cafés !

Dîner de pâte, je dois retrouver mes potes un quart d’heure avant le départ. J’arrive une demi-heure avant, le sas d’entrée est déjà bondé. Je ne les retrouverai pas.

23h, boom !
Départ sur la plage. Prudent, je pars à 10km/h. Dans le sable, je ne peux guère faire mieux. Quelques kilomètres avalés en douceur donc, et c’est la première montée. Très vite quelque chose ne vas pas. Manque de jus inexplicable. 2 heures plus tard j’ai des maux de ventres et les jambes en coton. Alors que nous courons sur un étroit sentier entre des figuiers de barbarie à droite, et d’Aloe Vera à gauche, ma démarche devient ébrieuse. Une sortie de piste serait douloureuse. J’ai des papillons devant les yeux. Je m’arrête et vomis. 2 Spasfons un maalox et ça repart ! 2 heures après même scénario. Spasfon, maalox, et coca à un ravitaillement. Serait-ce la gorgée d’eau du robinet imprudent bu dans l’après-midi qui me joue des tours ? Je me sens encore faible et j’ai froid, très froid. J’ai mis tout ce que j’avais, Mizuno, tee-shirt, gilet, veste, manchons, buff… je grelotte. Je ne suis pas seul dans ce cas. Le temps est très humide. Heureusement un petit Jiminy Cricket me répète ‘continue, avance’, et les espagnols sur le bord des sentiers crient ‘Animo !’.

Les premières lueurs de l’aurore sont rassurantes, les nuages s’en sont allés. A l’aube c’est évident, ce sera une belle journée ! Le soleil darde ses rayons d’argent patati patata, bref il fait beau ! Je chante, je suis heureux. Les versants montagneux sont boisés. Eucalyptus, pins, des sous-bois dégagés, des sentiers bien entretenus, quel régal !

Le profil de la course est facile. Rien à voir avec le MIUT qui est mondialement réputé pour son parcours technique. Il y a beaucoup de liaisons routières qui permettent de souples enjambées qui détendent les jambes, mais ce n’est pas très fun.
Autres différences avec le MIUT, ici aucun contrôle inopiné, pas de guides pour les traversées de route, un balisage succinct, mais des ravitos délicieux ; soupe de poulet, pâtes, paëlla… le tout ‘fait maison’.

A mi-parcours surprise ! Mon pote d’enfance Olivier est sur le bord de la route avec sa femme. En vacances sur l’ile, ces provençaux ont appris par facebook que je courrais, alors ils m’ont fait le cadeau de venir sur le parcours. Quelques rires, des bisous des selfies, 30 secondes de bonheur et déjà je repars. C’est quand même une manche du championnat du monde qui se joue !

J’attaque la plus longue montée de la course. C’est la plus longue, mais elle ne fait que 900m de dénivelé. Donc pas de souci. Je suis un groupe tonique emmené par 2 femmes incroyables. L’une est menue, l’autre imposante. Mais quelle efficacité ! Arrivées au somment, elles mettront le turbo et je ne les reverrai plus.

Le Pic de Nieves est le point culminant de la course. Scan du dossard, et photo souvenir. Le temps est toujours magnifique mais la température est douce. Du velours cette journée !

 

84 km, Garaňon. C’est un camp de vacances. On récupère son sac de change. J’en profite pour me laver les pieds (pas d’ampoule ni d’ongles pétés, ça change !), et changer de chaussettes. Je change aussi de tee-shirt. Ceci dit l’odeur de poney reste.

Tout au long de la course l’ambiance est bonne, les rencontres riches. Un Bolivien, un Patagonien, un Portugais, des Espagnols, un Luxembourgeois et… une Chinoise ! Son merveilleux sourire l’accompagnera jusqu’à l’arrivée malgré sa blessure sous un pied qui la fera claudiquer (et arriver juste avant moi quand même !).

Le soleil décline. On remet la frontale, la dorsale. Aucune difficulté jusqu’au 100km je vous dis. Et là ça se gâte. On part sur un tronçon de 14 km qui emprunte le fond asséché d’une rivière. Des galets des galets des galets. Impossible de courir sans risquer de tomber ou de se tordre une cheville. On souffre. Certains perdent leurs nerfs et donnent des grands coups de bâtons sur le sol. Heureusement mes chastes oreilles ne comprennent pas leur langue. Sur la fin je décide d’accélérer. Le temps perdu en début de course par les problèmes gastriques m’est resté sur… l’estomac ! Je double une quinzaine de concurrents.

Enfin les lumières de la ville. Pour la traverser on va passer en dessous, par les évacuateurs de crue. Pratique mais moche. Un escalier, un trottoir, et la TrailZone apparaît. Il y a du monde à minuit passé. Les Canarians savent accueillir. Quelle ovation ! La sono hurle ‘the joker and the thief’ de Wolfmother. Rock’n’Roll !
C’est bon ! J’hurle ! 
Extâââse ….! 

128 km courus (3 de plus que prévu), 6 000 m d+ (1 500m de moins qu’annoncé), en 24h 50mn 21s. 1055 inscrits, 886 partants dont 99 femmes, 679 arrivants (76,64% de finishers).


Je suis 436° à 5,15km/h de moyenne ! Voilà un trail ‘roulant’.
On me remet le lot finisher ; une médaille, un gilet et un buff.

Je retourne à la station de bus. Xia (la chinoise) est là. Nous devisons gaiement. Le bus arrive, nous montons. Le chauffeur roule comme un fou, mais les locaux, déguisés pour le carnaval ont l’air de trouver cela normal. Puis le taxi.

Arrivé à l’apart’, une douche, un en-cas, et dodo à 4h du matin. Réveil à 8h. J’ai la pêche. Je sors flâner dans les rues de la ville. Déjeuner en terrasse. Douceur de vivre.

Rentré à 10h je re-déjeune en famille, et retour à la plage où après un court bain je trottine pieds nus sur la grève. L’eau glacée est un régal pour mes jambes.

Midi, tapas ! Puis le temps se gâtant, visite du musée interactif des sciences. Le soir, c’est la récompense suprême.

Mes enfants m’invitent dans un restaurant de poisson du bord de mer. C’est fin, délicat.

Le lendemain debout 4h30, un taxi m’attend. Vols de retour bercés par des images qui se gravent dans mon histoire. Demain je reprends le travail sous un ciel glacial, mais que c’est bon de vivre.

Ma prochaine étape de l’Ultra Trail World Tour,
Chamonix fin Août pour la CCC !

– Thierry Guelff

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